Patrimoine et réalité augmentée : retour d’expérience 2/3

Ainsi, c’est en 2009, soit seulement deux ans après l’arrivée de l’iphone, que nous avons souhaité tenter notre propre expérience.Le chantier ambitieux : rebâtir – virtuellement – le château-fort de Cherbourg. Ainsi, à l’aide de leur smartphone, les visiteurs de la ville pourraient redécouvrir le donjon, les douves, les portes et les tours tous disparus. Cependant, au défit technologique évidant de ce projet, d’autres, plus inattendus, nous attendaient et c’est seulement en 2011 que le projet vit effectivement le jour.

L’année suivante, nous allions permettre à la ville d’Equeurdreville-Hainneville de commémorer, à sa manière, le centième anniversaire de la tragédie du Titanic, avec un ambitieux projet culturel, touristique et pédagogique autour de la thématique des voyages transatlantiques. En complément d’une exposition permanente en extérieur qui s’étend sur près de trois kilomètres en bord de mer, le projet « Le Grand Départ » offre la possibilité aux visiteurs d’accéder à un contenu d’une centaine de vidéos souvent exclusives et leur permet d’être immergés dans des scènes panoramiques du passé. De plus, ce projet combine un accès aux contenus grâce à la NFC (Non field Communication) d’une part et adapte ses contenus pour les publics non et mal-voyants.

Enfin, en 2013, les plages du Débarquement et le port artificiel d’Arromanches allaient nous permettre de développer de nouvelles technologies et d’innover en combinant dans une seule application une multitude d’expériences à destination de tous les publics. Ainsi, outre la possibilité de revoir le port d’Arromanches depuis la côte tel qu’il existant en 1944, l’application ARROMANCHES 1944 crée une nouvelle forme de récit du Débarquement à Juno Beach, innove en animant le port, permet de transformer le smartphone en console d’avion pour survoler le port, le tout à destination des visiteurs francophones, anglophones et germanophones d’une part, et des publics handicapés, dont les non et mal-voyants, les sourds et malentendants d’autre part.

Signalons que les applications de Cherbourg et d’Arromanches ont été soutenues par le Ministère de la Culture et de la Communication au titre des nouveaux services culturels innovants.

De ces trois expériences de valorisation du patrimoine culturel et architectural grâce à la réalité augmentée, un point commun : l’inquiétude d’applications qui viennent en concurrence soit avec l’offre des musées locaux, soit avec les guides.

En effet, quel est l’avenir des guides si des applications allaient donner à voir ce qu’eux-même ne peuvent montrer ? D’autant que des applications sont, par définition, disponibles 24h/24, qu’elles peuvent, potentiellement, s’adresser aux visiteurs dans toutes les langues et sont, dans le cas des trois applications précitées, être gratuites quand il faut payer pour suivre les visites guidées. De plus, si des applications permettent d’accéder à des contenus riches, donner à voir ce qui n’existe plus, faire vivre de nouvelles expériences, le tout de façon individualisé et interactive, ne sont-elles pas un danger pour les musées ?

Si, en 2009, les craintes étaient encore largement partagées, du fait de la très grande nouveauté des outils, elles restent étonnamment encore présentes aujourd’hui. Pourtant, rien ne remplacera la chaleur, l’humour, la réactivité et la passion d’un guide ni la richesse d’un musée.

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Lionel GUILLAUME, Cofondateur de 44screens

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