Patrimoine et réalité augmentée : retour d’expérience 3/3

C’est encore par la concertation et la pédagogie que l’on peut surmonter ces craintes.

La concertation tout d’abord, avec les acteurs du territoire. Une application sur le port d’Arromanches n’a de sens que si nous la construisons avec le Musée du Débarquement d’Arromanches et les autres acteurs du territoire. Si l’écriture du cahier des charges peut alors prendre beaucoup de temps, le résultat n’en sera pas moins meilleurs. Qui est le mieux à même de connaître les attentes des visiteurs que les acteurs locaux du tourisme ? Comment peut-on réaliser une application qui permettra de donner à voir ce qui n’est pas visible et inciter le touriste à pousser les portes du Musée ? Si nous parlons facilement de « musée hors les murs », il n’en demeure pas mois que l’application doit-être un complément de l’offre locale. Elle doit être un atout complémentaire d’attractivité du territoire, en s’adressant à de nouveaux publics, en permettant de faire le lien entre plusieurs sites d’un même territoire, en se positionnant comme un nouvel outil de marketing.

Ainsi, une application de réalité augmentée s’adressera peut-être plus facilement à un jeune publique. L’adaptation des contenus pour les personnes en situation de handicapes permet au territoire de s’adresser à des publics souvent oubliés. Elle sera pertinente si elle permet de faire découvrir au visiteur d’autres lieux qu’il n’aurait pas visité, et ainsi à élargir son temps de visite. Voir, de l’inciter à se rendre dans d’autres lieux, d’autres musées. C’est ainsi que nous avons conçu l’application d’Arromanches, qui, si elle concentre les vues en réalité augmentée face au Musée d’Arromanches, oblige le visiteur à se rendre dans d’autres lieux de la côte pour découvrir toutes les fonctionnalités de l’application, jusqu’à Juno Beach, à quinze kilomètres. En complément, nous avons imaginé un « jeu » qui transforme le smartphone en console de pilotage d’un avion qui permet de survoler le port d’Arromanches pour que les enfants puissent jouer le temps du parcours en voiture.

La réalité augmentée permet également de refaire vivre des événements de façon plus interactive, plus ludique. Ainsi, vos visiteurs vont se retrouver face au Titanic, prêt à embarquer. Les touristes vont se retrouver au centre de la guerre, sur le lieu même où les alliés ont débarqué.

A Cherbourg, le jour de l’inauguration, tous les guides étaient présents, ravis de pouvoir enfin montrer ce qui, jusqu’à présent, était peu visible. Les visites guidées sont aujourd’hui enrichies avec des tablettes mises à disposition du public. Elles rencontrent toujours un franc succès et celles ciblant la thématique du moyen-âge accueillent des groupes toujours plus nombreux. En effet, la réalisation de l’application sur le château-fort de Cherbourg a élargi le public pour cette période de l’histoire locale. Bien sûr, en 2009, pour cette première, il avait fallu faire des concessions. L’application restait basique dans ses fonctionnalités. Elle avait été avant tout pensée pour servir de complément aux visites guidées. Aujourd’hui, un peu partout en France (et ailleurs), ce type de services mobiles se multiplie. Les cités veulent redonner vie à leur passé pour valoriser leurs racines. Afin que ces services trouvent leur public, nous devons donc encore les enrichir. Il est devenu nécessaire de dépasser la simple possibilité de voir pour procurer au visiteur un plaisir, quel qu’il soit : plaisir d’apprendre, plaisir de jouer, plaisir d’être diverti, plaisir d’une promenade en famille et d’occuper les enfants. Ainsi, couplée à de services pour les personnes en situation de handicap par exemple, l’application peut devenir un formidable outil d’intégration et d’accès aux savoirs pour tous.

De plus, la réalisation d’une application de réalité augmentée peut également être l’occasion de mobiliser des fonds pour réaliser des recherches archéologiques et historiques et de mettre avantageusement en valeur ces connaissances auprès du public. La réalité augmentée n’est pas une justification, mais une démonstration, un outil puissant de diffusion auprès du plus grand nombre de connaissances appartenant à des disciplines souvent jugées comme non prioritaires. Les sciences dites « molle » retrouvent voix au chapitre face aux sciences « dures ». Mieux, la réalité augmentée, appliquée au patrimoine, réconcilie ces deux sciences où la première apporte le contenu au développement informatique de l’autre. C’est, en quelque sorte, la réunion du geek féru de technologies et de jeux vidéos et de l’artiste passionné d’histoire et de l’art.

Enfin, au delà de la mise en valeur de la recherche sous de nouvelles formes, la réalité augmentée peut devenir un puissant vecteur pédagogique. La représentation de formes disparues, la mise en vie de ruines, l’évocation de l’évolution d’un château, transforment en réalité palpable l’Histoire souvent lointaine. Si autrefois ces modélisations étaient uniquement destinées à être diffusées sur des écrans fixes, dissociant ainsi l’Histoire des lieux et des objets qui nous entourent, leur adaptation à des écrans mobiles et géolocalisés, ouvrent de nouveaux horizons et de nouvelles possibilités. A l’heure où on croit avoir tout vu à la télévision, au cinéma ou sur Internet, la réalité augmentée réinsère les récits de l’Histoire dans notre quotidien.

Soudain, ici, les romains retrouvent une vie sur les côtes de la Manche, bien loin de leur existence méditerranéenne. Là, ce château magnifique daté de la Renaissance retrouve ses formes moyenâgeuses, avec son Donjon, ses hauts remparts, ses douves. Quant à ces rues du centre-ville historique, elles retrouvent leur fonction première…

Ainsi, l’Histoire devient palpable, proche. Mieux, nos ancêtres retrouvent leur vie locale, ici, et pas ailleurs.

Avec les améliorations à venir, la réalité augmentée s’animera de personnages, les vues seront encore plus réalistes, le visiteur pourra interagir avec son environnement, mi-réel, mi-virtuel. En attendant, s’il ne faut pas tout attendre de la réalité augmentée, elle peut, nous l’avons vu, être un complément de visites, en offrant un mode de lecture de l’histoire locale différent et susciter ainsi de nouvelles envies.

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Lionel GUILLAUME, Cofondateur de 44screens

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