L’audio dans les musées : innovations, usages et nouvelles formes de médiation culturelle


Pendant longtemps, l’audio dans les musées s’est résumé à l’audioguide classique : un outil utile, mais souvent perçu comme secondaire. Aujourd’hui, cette vision a profondément changé. Le son est devenu un véritable média de médiation culturelle, capable de structurer l’espace, de transmettre des récits complexes et de créer une relation intime entre le visiteur et le lieu.

Dans un contexte où les institutions culturelles cherchent à renouveler l’expérience de visite, à toucher de nouveaux publics et à valoriser le patrimoine immatériel, l’audio s’impose comme une solution souple, immersive et durable.

1. Pourquoi l’audio est redevenu central dans les musées ?

Le son possède une caractéristique unique : il agit directement sur l’émotion et l’imaginaire. Contrairement à l’image, il n’impose pas une représentation figée. Il laisse au visiteur la liberté de construire ses propres images mentales, tout en gardant les yeux disponibles pour observer les œuvres, les espaces ou les paysages.

L’audio permet également :

  • de désaturer l’espace visuel, déjà très sollicité ;
  • de créer une présence continue, même entre deux points d’intérêt ;
  • d’installer une ambiance ou une tension narrative sans scénographie lourde.

Enfin, l’audio joue un rôle majeur en matière d’accessibilité culturelle. Il constitue un outil essentiel pour les personnes en situation de handicap visuel, pour les publics éloignés de l’écrit, ou encore pour les visiteurs présentant des troubles cognitifs ou de l’attention. Sans être la seule réponse, il fait partie des piliers d’une médiation plus inclusive.

2. Panorama des technologies audio utilisées dans les musées

Il n’existe pas une seule technologie audio, mais une palette de solutions à adapter aux contextes, aux usages et aux intentions culturelles.

2.1 Audioguides et dispositifs mobiles

Les audioguides restent largement utilisés, sous forme de boîtiers dédiés ou d’applications mobiles. Leur principal avantage réside dans leur simplicité d’usage et leur familiarité auprès des publics. Ils peuvent fonctionner de manière manuelle ou automatique (déclenchement selon la position du visiteur).

Par exemple, le Musée des Cultures Cévenoles (Maison Rouge) propose un audioguide qui combine découverte audio en cinq langues, disponible sur les audioguides multimédias distribués à l'accueil du musée et en application téléchargeable directement depuis les stores Google Play et Apple Store. Ce dispositif mobile offre également aux plus jeunes une aventure ludique composée de jeux contextualisés qui permettent de découvrir autrement les collections du musée.

Le je de la balance dans l'audioguide multimédia du musée Maison Rouge

2.2 Casques ouverts et diffusion discrète

Contrairement aux casques fermés, les casques ouverts laissent passer les sons naturels du lieu. Ils permettent aux visiteurs d’échanger entre eux, d’entendre l’environnement réel et d’éviter l’isolement. Ce type de dispositif est particulièrement adapté aux sites naturels, aux lieux patrimoniaux sensibles ou aux visites en groupe.

2.3 Audio immersif et spatialisation sonore

L’audio immersif vise à placer le visiteur au cœur d’un environnement sonore. Il repose souvent sur des techniques avancées :

  • Binaural : enregistrement du son tel qu’il est perçu par l’oreille humaine, donnant une impression de relief et de direction (sons derrière, à gauche, au-dessus…).
  • Spatialisation sonore : organisation des sons dans l’espace pour guider l’attention ou recréer une scène.
  • Ambisonique : captation sonore à 360°, utilisée pour restituer des ambiances complexes et réalistes.

Ces technologies permettent de faire revivre des lieux disparus, des machines à l’arrêt, des voix anciennes ou des scènes de vie quotidiennes.

3. L’audio au service de la médiation

3.1 Hommage au patrimoine immatériel

Le son est un formidable vecteur de patrimoine immatériel. Il conserve ce qui ne se voit plus et même ce qui n'existe plus : accents, rythmes de parole, bruits du travail, ambiances urbaines ou rurales, silences mêmes.

Dans de nombreux projets muséaux, l’audio sert à :

  • redonner une présence humaine à des lieux vides ou à une scénographie jugée parfois trop "épurée"  ;
  • raconter l’histoire par la voix de personnages, réels ou fictionnels ;
  • transmettre des savoir-faire disparus ou en voie de disparition.

L’audio devient alors un outil de mémoire, au même titre que les archives écrites ou iconographiques.

3.2 Audio, scénographie et expérience visiteur

L’un des grands atouts de l’audio réside dans sa légèreté scénographique. Contrairement à des dispositifs visuels lourds, il nécessite peu d’infrastructures physiques et respecte davantage l’intégrité des lieux patrimoniaux.

Bien conçu, il permet :

  • de structurer un parcours sans multiplier les panneaux ;
  • d’éviter la surcharge informationnelle ;
  • d’adapter le niveau de discours selon les publics.

Cependant, le son doit être utilisé avec précaution. Un volume trop élevé, des boucles répétitives ou une mauvaise gestion des zones sonores peuvent générer de la fatigue. La conception audio exige donc une approche globale, intégrant acoustique, écriture narrative et usages réels.

3.3 L'exemple des visites augmentées du Moulin à laine d'Ulverton (Québec)

À ce titre, le Moulin à laine d’Ulverton offre aux visiteurs une expérience particulièrement singulière, où l’audio devient un vecteur essentiel de rencontre avec le lieu et son histoire. Les voix qui accompagnent la visite ne sont pas neutres : elles portent des accents régionaux, des rythmes de parole et des expressions propres à l’époque et au territoire, affirmant ainsi l’importance du patrimoine immatériel. Les visiteurs ne se contentent pas d’écouter un récit : ils rencontrent des personnages, ouvriers, artisans ou témoins du moulin, qui prennent la parole et les font entrer dans leur quotidien, au fil du parcours.

Grâce à la réalité augmentée développée par OHRIZON, ces voix et ces figures sont localisées précisément dans l’espace : les audios et les personnages se déclenchent en fonction de la position du visiteur, créant une sensation de présence et de continuité narrative. Cette approche permet de faire revivre ce site industriel aujourd’hui silencieux, en restituant non seulement les sons des machines et du travail, mais aussi l’âme humaine du lieu, de manière immersive, sensible et profondément ancrée dans son territoire. Avec la technologie avancée de réalité augmentée, le dispositif permet une visite fluide sans aucune installation physique !

Rencontrez des personnages tout au long de la visite et découvrez les secrets du moulin.

4. L’audio, un pilier essentiel de l’accessibilité culturelle

Dans les musées et les sites patrimoniaux, l’accessibilité est souvent abordée à travers les rampes, les ascenseurs ou les dispositifs visuels adaptés. Pourtant, l’audio constitue l’un des leviers les plus puissants pour rendre la culture accessible, à condition d’être pensé pour ces publics et non comme un simple ajout.

Contrairement à l’écrit ou à l’image, le son ne demande pas une maîtrise visuelle, ni une capacité de lecture soutenue. Il permet une transmission directe, progressive et incarnée de l’information, adaptée à une grande diversité de publics.

4.1 L’écriture audio : une compétence à part entière

Rendre un contenu accessible par l’audio ne consiste pas à lire un texte existant à voix haute. Cela suppose une écriture spécifique, pensée pour l’oral.

Une écriture audio accessible repose sur plusieurs principes :

  • des phrases courtes et structurées,
  • un vocabulaire clair et concret,
  • un rythme régulier, avec des pauses,
  • une hiérarchisation de l’information (l’essentiel d’abord, les détails ensuite).

Cette approche bénéficie à tous les visiteurs. Une narration orale bien conçue permet de suivre un raisonnement sans effort excessif, là où un texte dense ou trop technique peut devenir un obstacle.

4.2 Personnes aveugles et malvoyantes : l’audio comme premier accès au musée

Pour les personnes aveugles ou malvoyantes, l’audio est souvent le principal canal d’accès au contenu culturel. Il ne s’agit pas uniquement de décrire des œuvres, mais de permettre une compréhension globale de l’espace, de l’ambiance et de la scénographie.

L’audiodescription joue ici un rôle fondamental. Elle consiste à décrire :

  • les formes,
  • les volumes,
  • les positions dans l’espace,
  • les gestes,
  • les éléments visuels essentiels à la compréhension.

Lorsqu’elle est bien réalisée, l’audiodescription ne se contente pas d’énumérer des détails : elle guide l’imagination et permet de se représenter mentalement le lieu ou l’œuvre. Les technologies actuelles permettent également de localiser les contenus audio dans l’espace, donnant des repères directionnels clairs (« devant vous », « à votre gauche », « en hauteur »), ce qui renforce l’autonomie des visiteurs.

audioguide pour aveugles et mal-voyants du parc de Lattes

4.3 Le français facile à lire et à comprendre (FALC) par l’audio

Le français facile à lire et à comprendre (FALC) est souvent associé à des supports écrits simplifiés. Pourtant, l’audio est un vecteur particulièrement pertinent pour le FALC, car il permet d’adapter non seulement le vocabulaire, mais aussi le rythme et l’intonation.

Un contenu audio en FALC se caractérise par :

  • une idée par phrase,
  • des mots du quotidien,
  • l’absence de métaphores complexes,
  • des répétitions assumées,
  • une structure logique et prévisible.

On l'oublie trop souvent, mais ce type d'écriture ne se limite pas à une catégorie de la population, elle bénéficie à un public plus large :

  • les personnes en situation de handicap intellectuel,
  • les personnes neurodivergentes,
  • les visiteurs allophones,
  • les publics peu à l’aise avec la lecture.

L’audio permet également de proposer plusieurs niveaux de discours, laissant au visiteur la liberté de choisir la version qui lui convient le mieux, sans stigmatisation.

4.4 Des dispositifs audio sans manipulation : un enjeu souvent sous-estimé

Un autre aspect fondamental de l’accessibilité concerne les personnes empêchées physiquement : personnes ayant une mobilité réduite des membres supérieurs, troubles moteurs, tremblements, fatigue, ou difficultés à manipuler des objets.

Dans ce contexte, les dispositifs audio sans manipulation représentent une avancée majeure. Il peut s’agir :

  • de contenus déclenchés automatiquement selon la position du visiteur,
  • de casques ou écouteurs ouverts ne nécessitant qu’un réglage minimal,
  • de systèmes fonctionnant sans écran, sans boutons complexes, sans menus.

Ces solutions réduisent considérablement la charge cognitive et physique. Le visiteur n’a plus à chercher un numéro, appuyer sur un bouton précis ou tenir un appareil pendant toute la visite. Il peut se concentrer pleinement sur l’expérience, se déplacer librement et rester attentif à son environnement.

5. Quelle place pour l’intelligence artificielle (IA) dans l’audio muséal ?

L’intelligence artificielle ouvre de nouvelles perspectives, notamment pour :

  • la traduction multilingue en temps réel ;
  • l’adaptation des contenus (langage simplifié, audiodescription) ;
  • la personnalisation des parcours.

Toutefois, pour les expériences immersives et émotionnelles, l’IA reste un outil d’appoint. La qualité d’une narration repose encore largement sur le travail d’auteurs, de comédiens et d’ingénieurs du son. L’enjeu actuel n’est pas de remplacer l’humain, mais d’augmenter les usages.

Vers une médiation sonore durable et humaine

L’audio s’impose aujourd’hui comme un média stratégique pour les musées, les sites patrimoniaux et les centres d’interprétation. Accessible, adaptable et profondément sensoriel, il permet de renouveler la médiation sans dénaturer les lieux.

A ce titre, l’audio constitue un socle essentiel de l’accessibilité culturelle. Lorsqu’il est pensé dès l’origine d’un projet, en lien avec l’écriture, la scénographie et les usages réels des visiteurs, il permet de réduire les barrières sans appauvrir le contenu. Ainsi, l’audio ne doit pas être perçu comme un outil réservé à certains publics, mais comme un moyen de concevoir des expériences plus justes, plus humaines et plus inclusives, pour toutes et tous.

Chez OHRIZON, cette approche s’inscrit dans une vision plus large de la découverte active : concevoir des expériences où la technologie s’efface au profit du sens, de l’émotion et de la relation au savoir et au territoire.

Cet article fait suite au webinaire « L’audio dans les musées : innovations technologiques et dernières tendances ». Nous remercions chaleureusement Xavier Durieux (Sycomore, groupe Vox) et Antonio Pierre de Almeida pour avoir partagé leur expertise, éclairé les enjeux actuels de l’audio dans les musées et transmis leurs retours d’expérience.


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